Chroniques de mariage / Mariage

La rencontre de la Carpe et du Lapin

Un article de Mademoiselle Carpe –

Si tu as lu ma première chronique, tu auras compris qu’entre mon zhom et moi, c’est une histoire toute en différences. Forcément, tu t’es demandé par quel miracle le petit poisson et le petit lapin ont bien pu trouver à se rencontrer et à s’aimer. Eh bien, c’est ce que je vais te raconter aujourd’hui.

Au premier temps de la vaaalse

Image par Engin Akyurt de Pixabay 

Au regard de nos caractères intellos, tu te dis sûrement qu’on s’est rencontré dans un café, que je sirotais mon expresso froid et lui la même chose, version chaude, que je lisais Anna Karénine et lui Aristote et que chacun de nous comprenions quelque chose à nos lectures, qu’il m’a regardé, que je l’ai regardé et PAF, dans nos ventres, ça a fait des Chocapics.

BAH PAS DU TOUT.

Ce n’est pas parce que Monsieur Lapin et moi, on fête la fin de semaine en buvant une ‘tite verveine et en se couchant à 11h du soir, qu’on n’est pas des djeuns dans nos têtes très au fait des tendances des nouvelles générations ! Donc, comme tout le monde, on a un ordinateur, PC, tablette, et on s’est rencontré par hasard… sur internet.

J’y tenais un blog (aujourd’hui disparu). Monsieur Lapin dit avoir été séduit par mes mots. Il m’a envoyé un long mail, pour revenir sur une référence que j’utilisais mal. J’ai pris la mouche et je lui ai envoyé un mail plus long encore. On s’est tiré les cheveux dans notre cour de récré virtuelle encore quelques semaines, s’écrivant des pavés de plus en plus longs. Après un certain nombre de nuits blanches nous ayant poussés aux confins de l’épuisement, on a décidé de se rencontrer pour régler ça en personne.

[Erratum de Monsieur Lapin : ” Les lettres étaient longues mais la correspondance n’a pas tant duré. Et surtout, la petite moquerie sur l’erreur initiale était plus pour moi une invitation à la correspondance, l’auteure étant moins dans sa bulle d’inaccessible perfection “
Droit de réponse de Mlle Carpe “D’où je suis moins dans ma bulle d’inaccessible perfection ? Je suis toujours grave inaccessiblement trop parfaite, nomého l’autre !”]

Nous n’avions échangé aucune photo de nos visages. Il m’avait bien dit son âge, mais je n’y avais pas porté attention et je l’imaginais beaucoup plus vieux. Je me le représentais comme un vieux prof de lettre ventripotent, un peu rougeaud, avec une veste en tweed démodée (sexy, n’est-ce pas ?). De son côté, il m’imaginait grande, genre comme un mannequin ou un escabeau, avec la moue pimbêche (me lisant, il corrige : « je t’imaginais juste plus grande, la moue pimbêche tu l’as effectivement » Monsieur Lapin, mon plus grand fan). 

Au second temps de la vaaalse

Image par Pexels de Pixabay 

Pour cette rencontre, Monsieur Lapin a choisi un élégant bistronomique avec une superbe carte de vin.

J’arrive la première. Je fume roulée sur roulée, stressée. Comme nous allions manger dans un restaurant raffiné, j’avais joué la carte de la provoc’ (mauvaise habitude héritée de mon paternel). Je portais alors un manteau en fausse fourrure premier prix et des collants déchirés (punk is not dead, yeah !). 

Alors que je cherchais du regard un type qui pouvait ressembler à ce vieux prof que je m’étais représenté, j’aperçois un beau mec, immense (mais vraiment), dans un beau costume gris, mince, aux cheveux poivre et sel, qui sautille quand il marche avec un air de gosse heureux.

J’écrase ma clope sous la semelle de ma chaussure à talon. Je lui claque la bise et nous entrons sans trop savoir quoi nous dire dans ce restaurant tamisé et élégant, le genre « interdit aux chiens et à leurs punks ».

Si nous étions timides d’abord (enfin surtout lui), le repas, le vin, nos échanges philosophico-je-te-raconte-ma-life et l’irruption rapide de nos nombreux fous rires nous ont rapidement mis à l’aise. Monsieur Lapin m’a trouvé un « rire dionysiaque », et moi je lui ai trouvé un air gentil.  

A la fin du repas, il m’a raccompagné jusqu’au métro. Sur le chemin, l’air de pas y toucher, il évoque une exposition temporaire d’Hugo Pratt qu’il souhaitait voir. Ni une, ni deux, et dans le plus pur désir esthétique pour l’artiste (oui-oui), je lui ai fait part de mon intérêt. Le rendez-vous était pris.  

Au troisième temps de la vaaalse

Photo par Rémi Boyer sur Unsplash

Pour le musée, j’avais fait un effort vestimentaire : je portais un jean brut et un pull aux couleurs de Serdaigle (parce que Serdaigle représente !). Lui, en revanche, a été plus original. Il s’est avancé vers moi avec cette démarche enthousiaste qui le caractérise et… des sandales à scratch aux pieds. Oui, tu as bien lu. Des sandales à scratch !  Au mois de janvier ! J’apprendrai plus tard que ce sont ses chaussures « spécial neige ». De quoi tomber immédiatement et irrévocablement amoureuse, n’est-ce pas ?

Nous nous baladons entre les différentes peintures dans une conversation légère. Puis, s’arrêtant devant l’un, il entame un long monologue faisant de nombreux liens entre sa thèse (gniii, il a fait une thèse), son goût du voyage et l’œuvre de l’artiste. Il est tout à ce qu’il dit. D’ailleurs, il ne me regarde pas. Plus rien n’existe que lui et le monde imaginaire qu’il est en train de tricoter à la réalité.

A ce moment, je le trouve immensément beau. Je décide tout de go que je vais tomber indéfectiblement amoureuse de lui. Je lui propose tout naturellement d’aller se boire un vieux rhum, à la santé de ce bon vieux Corto Maltese. Il accepte. Quelques heures plus tard, encouragés par beaucoup de quelques verres, nous trouvons le courage de nous échanger un baiser maladroit.

Une valse à trente ans…  

Photo par Jusdevoyage sur Unsplash

Je pourrais en rester là, sur ce baiser, bateau ivre tanguant à jamais sur les flots de notre solitude passée jusqu’à l’horizon de notre mariage futur, mais comme je ne suis pas poète, j’dirais la vérité et rien que la vérité : ça n’a pas été facile au début.

J’avais ma vie. Le moins qu’on puisse en dire, c’est qu’elle était tumultueuse et assez déroutante pour un homme aussi tranquille que Monsieur Lapin. Cependant, ce dernier avait décidé que j’étais sa glace à la vanille, la seule qui vaille le coup. Il a été patient, et persévérant. Peu à peu, j’ai viré les petits vélos qui tournaient à vide dans mon cerveau, pour lui faire de la place. Je n’avais plus tant de casseroles dans les cartons lorsque j’ai emménagé dans ce qui est devenu notre appartement.

Il se dit le plus chanceux des deux. Je sais qu’il se trompe. Avec lui, grâce à son soutien, j’ai pu entrer plus pleinement dans une vie d’adulte que je remettais sans cesse à demain. Et je dois admettre que je m’y sens bien. J’apprécie sincèrement sa compagnie. C’est la première personne qui me donne le sentiment d’être assis sur le même banc que moi pour contempler le monde et donner du vieux pain au pigeons. C’est pour cela, je crois, que je suis contente que ce soit mon fiancé.

D’ailleurs, il faut absolument que je te raconte comment ont eu lieu les demandes de fiançailles, et le pourquoi du comment du pluriel. Mais comme le teasing n’est pas du tout le genre Paillettes et Chaussettes, bah je te raconterai ça la prochaine fois seulement *Rire sadique *.

Alors, dis-moi, où est-ce que tu as rencontré la Mlle ou le Monsieur que tu prévois d’épouser ? Admets, c’est aussi « par hasard » sur internet ?  

Mlle Carpe

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Mademoiselle Poison Elfie
15 jours il y a

Absolument trop mimi comme rencontre !! J’ai déjà raconté ma rencontre avec Mlle Harley me semble-t-il sur un forum d’écriture OF COURSE. J’écris de la fantasy, elle écrit du roman contemporain … Bref, on était pas destinées non plus 😀

Madame [ɑ̃]ncre
15 jours il y a

Je suis absolument giga méga fan de ta manière d’écrire et je prends un vrai plaisir fou à te lire, je me marre, mais je me marre !!!! Vivement la suite !!!

Mademoiselle Flocon
9 jours il y a

J’adore ton récit Mademoiselle Carpe et je suis très impatiente de lire la suite ! Tu as l’art de nous mettre en haleine 😉

Mademoiselle Soleil
Mademoiselle Soleil
8 jours il y a

Chaussure à scratch ?! Improbable mais trop mignon votre rencontre! Hâte de connaître la demande en mariage !