Bavardages / Mariage

Voyage dans la grande histoire du mariage, épisode 1 : se marier au temps de la Révolution Française

Allez viens ! Je te sors de la folle période que nous vivons pour t’emmener faire une balade virtuelle il y a plus de 200 ans ! Allons faire un saut ensemble dans les années 1789-1799 pour t’expliquer comment on se mariait en France à l’époque de la Révolution Française. Tu sais cette période où l’on a coupé la tête du roi, où l’on a utilisé à fond la guillotine pendant la Terreur, où les députés ont créé la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen…

Posons le contexte !

Sous l’Ancien Régime (c’est-à-dire du XVI ème au XVIII ème siècle), les rares lois civiles existantes sur le mariage se contentent de fixer un âge minimal pour le premier mariage : 14 ans pour les garçons et 12 ans pour les filles. Bien jeune, me diras-tu ! Ce n’est qu’en 1803 que la loi modifie l’âge pour une première union : 18 ans pour les garçons et 15 ans pour les filles. Encore bien jeune, n’est-ce pas ? Mais en réalité, l’âge moyen du mariage est plus tardif : autour de 28 ans pour les hommes et 26 ans pour les femmes. Il était de coutume de se marier seulement « lorsque l’on était prêt ». Surtout financièrement ! Finalement, les choses n’ont pas beaucoup changé de nos jours !

Si tu es une jeune fille, tu t’appelles certainement Marie, Anne, Catherine ou Jeanne. Si tu es un jeune homme, tu te prénommes sans doute Pierre, Jean, Joseph, Jacques ou encore Jean-Baptiste. Bref, ces prénoms sont des plus courants à l’époque.

Où, comment et quand se marie-t-on ?

Jusqu’en 1791, tu devras obligatoirement te marier à l’église (donc être catholique) pour être reconnu-e comme marié-e. Cela posait de nombreux problèmes, notamment pour les Français qui n’étaient pas de confession catholique, comme les Protestants. De plus, les enfants conçus hors-mariage étaient considérés comme illégitimes et donc privés de tout droit à héritage.

Photo personnelle (tirée d’un vieux manuel scolaire)

Suite à de nombreux débats à l’Assemblée et dans la société de l’époque (notamment parce que les révolutionnaires veulent absolument limiter le pouvoir de l’Eglise catholique et donc des hommes d’Eglise), est adoptée la loi du 20 septembre 1792 : les unions doivent être contractées devant l’officier municipal chargé de tenir l’état civil. On parle alors de laïcisation du mariage. On se marie donc d’abord à la mairie et ensuite, si on le souhaite, on passe devant le curé de la paroisse.

Les témoins au mariage seront 2 ou 4, majeurs âgés de 21 ans révolus, les bans seront maintenant affichés 3 semaines avant à la porte des mairies. C’est d’ailleurs à cette époque que l’on rencontre l’expression disant que le mariage a lieu « les portes et les fenêtres étant ouvertes …». L’idée étant de permettre à quiconque le veut de venir assister au mariage, voire même de l’empêcher le jour même !

La tenue de la mariée : Lorsque le blanc émerge à la fin du XVIIIème siècle, la Révolution française a instauré le retour à la simplicité des lignes. La robe en mousseline de coton blanc d’une seule pièce fait alors son apparition : la silhouette de la mariée est la même que la communiante, tout juste amplifiée par des volants. Mais attention, la coutume de la robe blanche, symbole de l’innocence, n’apparaît qu’à la fin du XVIIIème siècle et ne se répand vraiment qu’à partir du milieu du XIXème siècle. Auparavant, on se mariait en costume local, avec des vêtements parfois colorés, parfois sombres. En fait, souvent avec la pus jolie tenue que l’on possédait.

La tenue du marié : pour les hommes, les remarques sont globalement les mêmes. On portait le plus beau de ses costumes ou alors on étrennait de nouveaux habits, mais qui étaient destinés à être reportés ultérieurement. L’ensemble comportant un pantalon (assez près du corps), un gilet, une chemise ainsi qu’une redingote. Selon le niveau social, ce qui différencie les différentes tenues, c’est la qualité et le coût des étoffes utilisées.

Et la date du mariage ? Avant la Révolution, l’Eglise imposait un calendrier des mariages très strict et interdisait de nombreuses dates pour la célébration d’une union : en gros, la majorité des mariages avait lieu sur deux mois de l’année (janvier-février) et seulement deux jours par semaine. On se mariait surtout les lundis et mardis. Ainsi, la période révolutionnaire fait sauter ce calendrier restrictif et permet aux couples de choisir une date qui leur correspond davantage : on assiste à un étalement des mariages sur l’année et sur les jours de la semaine.

Les plaisirs de la bonne chère…

Crédit photo : Jérémy Wong

Que l’on se marie dans la noblesse, la petite bourgeoisie ou la paysannerie, le repas de noces se résume en un mot : excès ! Peu avant la Révolution française, il est dit que les banquets guindés bourgeois étaient ennuyeux. À la campagne, au contraire, on fêtait ! Aux repas maigres quotidiens se substituaient, le temps d’un jour, tourtes, pâtés, viandes et gâteaux que le marié servait lui-même à ses invités. Les desserts et mets sucrés soulignaient l’aspect exceptionnel du repas et une rupture avec l’alimentation quotidienne. Au tout début du XIXème siècle, on voit de plus en plus apparaître la pièce montée : d’abord lors des noces urbaines puis, par extension, lors des mariages paysans. De même, commence à se développer l’usage de recourir à quelqu’un d’extérieur à la famille pour préparer le repas. Ainsi, se développe l’usage de demander à l’aubergiste de préparer le repas de noces et de mettre en place une jolie salle.

Qui dit mariage civil dit divorce !

En te mariant après 1792, tu pourras aussi divorcer ! Eh oui, avant la loi du 9 octobre 1792, il n’était pas possible de briser les liens du mariage. Celui-ci étant uniquement un mariage religieux, hors de question pour l’Eglise catholique de briser ce lien sacré pris devant Dieu. Les révolutionnaires, en mettant en place le mariage civil obligatoire, instaurent également la possibilité de rompre ce contrat. Ce dernier peut être dissous sur demande du couple ou de l’un des époux. Les révolutionnaires prévoient plusieurs cas de divorce tels que la démence, l’abandon du foyer conjugal, l’emprisonnement pour crime ou encore les mauvais traitements physiques ou moraux. Beaucoup de couples en profitent pour casser des unions mal assorties.

L’époque est à la libération des femmes. Elle passe ici par la possibilité qu’ont les femmes de demander le divorce. Celle-ci est aussi visible dans la mode vestimentaire : les robes à corsets et baleines cèdent le pas devant les robes chemises en mousseline, qui libèrent le corps et en révèlent les formes.

Ainsi, pendant la Révolution Française, le mariage devient un acte civil et permet aux femmes d’accéder à une émancipation civile en les plaçant à égalité avec les hommes au sein de leur mariage et en leur accordant le droit au divorce.

Mais si les députés acceptent d’octroyer aux femmes l’émancipation civile en leur accordant le droit de divorcer en 1792, la pleine citoyenneté leur est refusée les écartant de la représentation politique et conservant pour longtemps encore leur exclusion en politique. Les femmes ont, malgré tout, gagné en pouvoir pendant la période révolutionnaire. Elles ne sont pas absentes de la vie politique, elles y participent en prenant part aux événements. Le citoyen parle au nom de sa famille, et donc aussi de sa femme. Celle-ci n’est pas exclue, mais non incluse. Tout est dans la nuance ! Par ailleurs, en s’intéressant aux problèmes des divorces et des héritages, l’historienne américaine Suzanne Desan a montré que de nombreuses femmes avaient eu l’opportunité de gagner pouvoir et indépendance au sein de la sphère familiale grâce à la Révolution.

Bref, ce n’est pas encore gagné pour leur voir reconnaître davantage de droits !

Et voilà pour ce premier article sur le mariage à travers l’histoire. J’espère que celui-ci t’a plu. A bientôt pour une nouvelle chronique : sauras-tu deviner dans quelle période je te ferai voyager ?

A propos de l'auteur

Mariée de juin 2018, je t'ai raconté mon mariage du début à la fin sur Mademoiselle Dentelle. Sur Paillettes et Chaussettes, je te parlerai d'histoire et de mariage, de paillettes, de la vie de couple, de féminisme et du mariage... Le tout dans la joie et la bonne humeur.
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Mademoiselle Plume
Mademoiselle Plume
1 année il y a

Wouaw ! Tu mêles habilement l’histoire du mariage, des coutumes, de la mode et finalement, de la femme. Quel plaisir de te lire ! (et quelle stupeur pour la petite protestante que je suis de découvrir qu’il m’aurait été impossible de me marier)
Qu’une hâte : découvrir la suite de l’Histoire… Grande question: vas-tu encore remonter le temps ou au contraire, te rapprocher de notre époque ?

Lyra Mandragore
1 année il y a

Oh là là j’adore l’idée des chroniques histoire du mariage !!! vivement la suite !

Madame Minuscule
Madame Minuscule
1 année il y a

Wow ! Super article Madame Chat Potté, bravo ! C’est vraiment très intéressant, j’ai hâte de lire la suite ! Personnellement, j’aime bien la Belle Époque, et aussi l’après-guerre, les années 1950… Mais peut-être vas-tu raconter l’histoire du mariage au Moyen-âge, ou dans l’Antiquité ? (Ce serait super chouette aussi !)

Gwénaëlle
1 année il y a

Quel chouette article ! Merci Madame Chat Potté pour cette plongée dans l’Histoire du mariage. J’ai hâte de lire les suivants ! 🙂

Madame Moonlight
1 année il y a

C’est super intéressant, et on peut voir que le mariage d’aujourd’hui est vraiment proche de celui de la Révolution.
Merci Madame Chat Potté pour cet article, hâte de lire les suivants.