Bavardages

Quand le projet de naissance semble être une bonne alternative (Part 2)

Une chronique de Madame [ã]ncre

Après avoir fait un bond de 9 ans en arrière, et bien que j’aie l’impression que c’était hier, j’espère que tu n’as pas le mal de l’air, car je t’invite à revenir dans le futur, il y a approximativement un an, et des brouettes.

Je te l’ai dit, ma première grossesse m’a « plus intéressé » que la seconde, dans le sens où c’était une nouveauté, quelque chose d’inédit, de jamais vécu, d’incroyable, de pharaonique !!! Tu vois… Alors qu’il faut bien se l’avouer, le géniteur de ma grande petite fille n’était pas vraiment à la hauteur. Pourtant, je n’ai jamais été aussi sereine que lors de cette première grossesse.

Il y a donc un an et quelques brouettes, mon état d’esprit était différent. Je savais à quoi m’attendre, donc j’avais moins besoin de témoignages. Je savais ce qu’il en était, je savais quelles étaient mes options, et pourtant, j’étais dans un état de stress, d’angoisse, de peur, etc., rarement égalé.

Vois-tu, petite Paillette, il y a un an et diverses brouettes, ma grande petite fille était TOUTE ma vie. Mais vraiment TOUTE ma vie. Ma plus grande peur aujourd’hui, c’est de mourir. Parce qu’elle serait seule. Et donc, tu vois le truc venir : mon angoisse terrible et incontrôlable était que je meure en salle d’accouchement. Je sais, c’est irrationnel, c’est surement stupide, et ça n’avait aucune raison d’arriver, mais « Le cœur a ses raisons que la raison ignore », tout ça tout ça.

En plus, cette maternité-là, je ne la connaissais pas. Je ne savais pas qui m’accoucherait (il y avait quand même peu de chance que ce soit pile mon gynéco, praticien dans cette maternité, qui soit de garde pile le jour J –Spoiler alert : en effet, ce n’était pas lui-), je ne connaissais pas les sages-femmes, je ne savais pas quand ça se passerait et donc comment gérer ma grande petite fille, à qui la confier, comment faire, AAAAAAH !!!

C’est de là qu’est apparue mon envie d’écrire un projet de naissance. Nous y voilà. Si pour ma grande petite fille, l’envie s’était faite ressentir surtout pour la technique, là, pour ma toute petite petitounette, il s’agissait à 98% d’une envie liée au psychologique. Tu vois ma petite chaussette en poils de Yack, le projet de naissance, tu peux y inclure ce que tu veux, tant que c’est important POUR TOI.

Photo de Suzy Hazelwood provenant de Pexels

Pour ma part, j’avais ce besoin d’expliquer à la sage-femme de garde mes angoisses. Je ne savais pas dans quel état je serais le jour J, je ne savais pas si j’arriverais facilement à communiquer mes peurs, j’ai donc choisi de l’écrire.

Je lui ai écrit un roman, mais pas trop quand même. Je lui ai écrit qui j’étais, je lui ai raconté mon histoire, je lui ai parlé de ma vie d’avant, et de ma peur irraisonnée de mourir. Je lui ai livré mon cœur sur une page A4.

J’ouvre une petite parenthèse ici pour te raconter une petite anecdote qui m’a quelque peu refroidi sur le coup. J’ai accouché dans la nuit du dimanche au lundi. Le jeudi d’avant, j’avais mon dernier rendez-vous avec mon gynéco. Comme je t’en ai déjà parlé, je l’aime bien mon gynéco. Il est sympa, on a déjà ri ensemble, sur le fait que mes cheveux étaient assortis à sa combinaison par exemple, discuté aussi de sujets plus graves quand il sortait d’un rendez-vous pas facile où il avait dû annoncer à une jeune femme que pour la 3e fois, son bébé n’était pas viable et qu’il était vraiment triste (rassure toi, il ne m’a pas du tout donné d’autres éléments confidentiels sur cette personne). C’est lui qui dès notre première échographie nous a révélé le sexe de notre petitounette, c’est lui qui ce jeudi-là m’a dit que ce ne serait pas pour tout de suite, mais qu’il prédisait lundi. Bien joué. Et pourtant, ce jour-là, après avoir hésité, je lui ai montré mon projet, et j’ai regretté.

Un projet de naissance, finalement, c’est comme un journal intime. C’est une petite partie de toi que tu vas livrer, et souvent, tu vas le confier à quelqu’un que tu ne connais pas, que tu n’as jamais vu, mais que tu imagines bienveillant. Donc quand tu le confies à quelqu’un que tu connais, tu t’attends du coup à ce que ce soit plus facile. Et ben là, on peut dire que c’est raté 😀 Ça n’a pas été mon cas, en tout cas ça n’a pas été mon ressenti. En le lisant, mon gynéco faisait des commentaires sur chaque point « mais pourquoi vous demandez toutes ça ? Mais enfin pourquoi vous dites ça ? Mais vous croyez qu’on va avoir le temps ? Qui vous a parlé de ce truc-là ? « etc etc etc…

Bref, à refaire, je ne le lui aurais pas montré. À toi de voir ce que tu ressentiras, quelle sera ton envie.

Crédit photo : Jarmoluk sur Pixabay

Je referme ma parenthèse pour te raconter enfin comment ça s’est passé pour moi. Je te l’ai dit, j’avais si mal en arrivant que j’étais assez incohérente. Je ne me rappelle pas de grand-chose, j’ai des flashs. Mon mari qui devait rester en arrière, dans une salle d’attente toute blanche, illuminée par des néons blancs et froids. Une infirmière qui me posait des questions tout en me demandant de me déshabiller et de me mettre sur la balance (autant te dire qu’avec cette douleur-là, ses questions du genre « à quelle heure ça a commencé » j’en avais RIEN À SIFFLER !!!! Et donc je me souviens d’avoir répondu à côté de la plaque et qu’elle me dise « non mais c’est pas possible en fait l’heure que vous me dites hein » d’un air dédaigneux, et moi qui lui répond en serrant les dents « J’EN SAIS RIEEEEEN ».
Je ne me rappelle pas, pourtant, avoir donné mon dossier médical, dans lequel il y avait mon projet, ni quand, ni à qui. Ce dont je me souviens, c’est de la douceur de ma sage-femme, qui est venue gérer avec moi les contractions, qui a compris mon stress et mon inquiétude et qui a eu les mots pour me rassurer. Qui a lu de bout en bout mon projet et qui en a parlé avec moi de manière si parfaite, indulgente et sans aucun jugement.

Si je te parle de ça, petite Paillette, c’est pour te montrer l’intérêt de ce projet de naissance. C’est pour te montrer en quoi il est important. Tu ne sais pas du tout comment se passera ce jour-là. Tu ne pourras certainement pas contrôler grand-chose. Mais tu auras pu écrire noir sur blanc ce que tu souhaitais, et même si certaines choses deviennent irréalisables parce que finalement, toi qui voulait un accouchement le moins médicalisé possible, tu devras passer par la césarienne par exemple, et bien ces mots-là, tu les auras transmis à une équipe, qui si elle est bienveillante (et je te le souhaite de tout cœur) fera tout pour que les choses se passent au plus près de tes souhaits, ou auront les mots, et les attentions qui t’aideront.

Je t’invite vraiment à le faire, également pour toi, pour faire le point sur tes envies, ce que toi tu souhaiterais, comment tu imaginerais les choses, et comment faire si finalement les choses ne se présentent pas comme elles l’auraient dû. Quel accouchement tu souhaites ? Comment tu souhaites que l’équipe autour de toi (médicale ou non) t’aide ? Comment tu souhaites que ta.ton compagne.compagnon t’aide ? De quelle manière, via quelle présence ? As-tu besoin d’objets fétiches qu’il est toujours important que tu aies avec toi, peu importent les circonstances ? Est-ce que tu souhaiterais de la musique ? Ou au contraire un silence total et que les équipes ne te parlent pas ? Quelle position as-tu choisi ?

Les choix sont extrêmement larges et extrêmement libres, sens toi libre de proposer tout ce qui sera en adéquation avec ton choix, sens-toi légitime, sens toi maître.sse de cet événement qui sera unique et extrêmement fort.

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Mademoiselle Poison Elfie

Tes mots sont très touchants ! J’espère que cela permettra à de futurs parents à dire leurs souhaits et leurs peurs …

Mademoiselle Flocon
2 mois il y a

Je n’avais pas fait de projet de naissance pour ma part, car je n’en ressentais pas le besoin. En lisant ton article, je comprend toute l’importance qu’il peut avoir. Bravo d’avoir réussi à coucher tout ça sur papier et à te livrer (et big-pas-up à ce gygy pas si bienveillant… 😔). Bravo à ta sage-femme aussi, d’avoir pris le temps et de t’avoir accompagnée comme tu le souhaitais.